Alighiero Boetti (1940-1994)
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Provenant de la Collection Arnaldo Pomodoro
Alighiero Boetti (1940-1994)

Il dolce far niente

Details
Alighiero Boetti (1940-1994)
Il dolce far niente
stylo à bille sur papier marouflé sur panneau; en quatre éléments
chaque: 100 x 70 cm.
l'ensemble: 100 x 280 cm.
Exécuté en 1975

ballpoint pen on paper laid on panel; in four elements
each: 39 3⁄8 x 27 ½ in.
overall: 39 3⁄8 x 110 ¼ in.
Executed in 1975
Provenance
Acquis auprès de l'artiste par le propriétaire actuel vers 1975.
Literature
N. Lo Duca, 'Il voto alle case dei personaggi. Dieci in arredamento (anche se fa lo scultore)', in Casa Viva, décembre 1979 (une vue in situ illustrée en couleurs, pp. 72 et 73).
N. Lo Duca, 'In casa piante e arte', in Taxi, juillet-août 1985 (une vue in situ illustrée en couleurs, pp. 93-95).
Further details
Cette œuvre est enregistrée dans l'Archivio Alighiero Boetti, Rome, sous le no. 10464.

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Lot Essay

'Le but est de mettre à nu des structures (des systèmes) en les réinterrogeant sans cesse, et de créer des images de manière à nous faire oublier les structures qui les sous-tendent'
Alighiero Boetti

Il dolce far niente (« la douce oisiveté ») provient directement de la collection particulière du grand sculpteur italien Arnoldo Pomodoro. Composée de quatre panneaux monochromes, cette œuvre magistrale de près de trois mètres de large appartient à la célèbre série des Biro (« stylos ») d'Alighiero Boetti. Recouverte d'un réseau dense de hachures minutieusement tracées au stylo-bille, la surface noire est ponctuée de virgules en réserve: autant de petites touches de papier vierge qui constellent l'ensemble, comme des crêtes de vagues au clair de lune ou des étoiles dans un ciel nocturne. Chaque virgule correspond à l'une des vingt-six lettres de l'alphabet, inscrites à la verticale sur le bord gauche de la composition: lorsqu'on les déchiffre dans l'ordre, de gauche à droite, elles révèlent progressivement le titre de l'œuvre, à raison d'un mot par panneau. Pour Boetti, les Biro étaient un moyen de « donner du temps au temps ». Ici, les heures investies dans l'élaboration de l'œuvre (des journées entières à griffonner des traits), ainsi que le temps qu'il faut au spectateur pour en décoder les mystères, teintent l'expression du titre (le « doux farniente ») d'une dimension poétique, voire d'une note d'ironie. Grand ami de Boetti, Pomodoro fit l'acquisition de cette pièce peu de temps après sa réalisation en 1975. Restée dans sa collection particulière durant près d'un demi-siècle, elle apparut en 1979 dans un article de la revue de design Casa Viva, trônant dans le salon du sculpteur, à Milan.

Boetti réalise ses tout premiers Biro au début des années 1970 et ne cessera d'en explorer les possibilités jusqu'à la fin de sa carrière. Aujourd'hui détruite, une œuvre en ardoise de 1968 intitulée La Luna (présentée à la grande exposition collective organisée par Harold Szeeman en 1969 à la Kunsthalle de Berne, « When Attitudes Become Form: Live in your Head ») offrait déjà un avant-goût de la série: une surface grise entièrement recouverte de traits verticaux, inscrits à la main comme on écrit sur un tableau d'école. De cette esthétique du geste répétitif naîtront les Biro, auxquels Boetti incorpore volontiers des mots et des phrases dont le sens est souvent brouillé soit par une organisation non-orthodoxe des lettres de l'alphabet, soit – comme ici – par un système de lecture fondé sur des virgules. Ces œuvres « à virgules », avec leurs longues surfaces rectangulaires, évoquent d'autant plus des tableaux noirs qu'elles invitent le spectateur à déchiffrer des mots, une lettre après l'autre, comme un écolier qui apprendrait à lire. En découle un ralentissement du temps – celui de l'assimilation de l'œuvre par l'observateur –, qui n'est pas sans rappeler le « temps long » de la laborieuse méthode de fabrication au stylo-bille. De ces océans d'encre surgissent souvent les mêmes maximes : des devises que Boetti décline d'œuvre en œuvre, comme autant de petits manifestes de sa vision de l'art et du monde. Parmi ces leitmotivs, « Il dolce far niente » et « Ammazzare il tempo » (« tuer le temps ») soulèvent tout particulièrement la question de la temporalité. Tant par le travail de longue haleine dont ils sont le fruit que par le délai d'interprétation qu'ils imposent, les Biro cherchent à bousculer notre rapport à la « durée ». Le temps devient ainsi une présence palpable, son écoulement scandé par chaque hachure du stylo.

Les Biro, de même que les Arazzi et les Mappe, témoignent d'un attachement profond à la création collaborative. Les méthodes de fabrication collective irriguent l'ensemble de l'œuvre de Boetti : pour ses très ambitieux Biro, il fait appel à des exécutants toujours un homme et une femme – chargés d'en dessiner les hachures selon des instructions bien précises. Cette « pluri-paternité » de l'œuvre participe pleinement à la poésie de la série dans son ensemble. Boetti se laisse volontiers surprendre par le geste de ses collaborateurs, et donne ainsi libre cours aux nuances infinies et à la beauté saisissante qui, malgré la monotonie du procédé et la rigueur des consignes, émanent de chacun de ces panneaux monochromes. Dans Il dolce far niente, la variation des tonalités et l'inclinaison fluctuante des traits du stylo évoquent presque des strates géologiques compressées au fil du temps. Boetti démystifie en ce sens la « main » de l'artiste en privilégiant, avec les Biro, une démarche où la pensée créative prime sur sa mise en œuvre. Il en résulte un lâcher-prise qui donne tout son sens au titre de cette pièce: en confiant à d'autres son ouvrage minutieux, Boetti ne s'offre-t-il pas, au fond, la plus douce des oisivetés?

'The goal is to convey structures (systems) by constantly rediscovering them and to create pictures in such a way as to forget the structures within them'
Alighiero Boetti

Alighiero Boetti’s Il dolce far niente (The Sweetness of Doing Nothing) comes to auction from the private collection of the acclaimed Italian sculptor Arnaldo Pomodoro. Spanning almost three metres in width, this magnificent monochrome work is a four-panel example from Boetti’s acclaimed series of Biro. Across the surface of the work scattered commas emerge as negative space amid a dense field of finely hatched lines created with a black ballpoint pen, like the crests of ocean waves caught in moonlight, or constellations of stars amid a vast night sky. The commas correspond to letters from an alphabetic key which runs down the left-hand side of the sheet, and when read sequentially from left to right spell out the work’s title, with each panel containing a single word. Boetti conceived of the Biro as ‘giving time to time’. Through the time involved in the present work’s creation—as a kind of vast, elaborate doodle completed over many hours and days—and also its delayed comprehension by the viewer, its titular Italian idiom is imbued with a sense of play and poetry. Pomodoro, a life-long friend and contemporary of Boetti, acquired the work shortly following its execution in 1975. Remaining in his personal collection for half a century, an article published in the interior design magazine Casa Viva in 1979 shows Il dolce far niente hung prominently in the living room of Pomodoro’s home in Milan.

Boetti created the first Biro in the early 1970s and continued to expand the series across his lifetime. A work included in Harold Szeemann’s landmark group exhibition When Attitudes Become Form: Live in your Head (1969), and later destroyed, might be seen as a precursor to the series: La Luna’s (1968) slate stone surface functioned much like a blackboard, which the artist covered with short vertical lines. From this aesthetic of rote mark-making Boetti developed the Biro, incorporating words and phrases whose meaning was often obscured through the alphabetical arrangement of letters or—as in the present work—a comma-based system of decoding. The Biro’s resemblance to a school blackboard was further enhanced in these latter works, whose viewer was forced to decipher the text like a child, learning to read letter by letter. This effects a slowing of time, which mirrors the time involved in their creation. The artist returned often to the same idioms for these works, which became micro-treaties of his wider practice. Il dolce far niente was a favoured example, with others—such as Ammazzare il tempo, ‘Killing Time’—similarly alluding to the theme of time. In those who both executed and encounter the Biro, Boetti sought to cultivate a new awareness of, and relationship with time. It becomes a tangible and autonomous entity, its passing marked by each downward fleck of a ballpoint pen.

Across his oeuvre, evidenced in the Biro but also the Arazzi and Mappe, Boetti embraced the aesthetics of collaboration. For the Biro, the artist employed intermediaries--a male and female draughtsperson in each case—who executed alternating panels of mark making according to Boetti’s instruction. These accruing layers of authorship were integral to the poetic function of the wider series. Boetti welcomed the unpredictability of many hands, the infinite and intensely beautiful variation revealed in each Biro despite the monotony of their creation and the rigid structure of his direction. Across the surface of the present work, an unevenness of hue and fluid slant of line evoke dense strata of the terrestrial world compressed over time. With the Biro, Boetti sought to affect a devaluing of the authorial hand, and to privilege the processes of thought over the physical act of creation. The title of the present work affirms Boetti’s reward for his emphatic concession of authorship, which allowed the artist to truly experience Il dolce far niente.

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